ROMANS

L'OMBRE DU VENT, CARLOS RUIZ ZAFON (2001)

(par Tiphaine)

Un livre tout droit sorti d’un mystérieux Cimetière des Livres Oubliés peut-il changer une vie ?
Espagne. Un matin de 1945, dans une librairie secrète, Daniel adopte lors d’un étrange rituel un livre parmi des milliers d’autres. Ce livre mènera le jeune homme à la poursuite de l’auteur de cet ouvrage, dans les rues fuligineuses de Barcelone où plane une ombre nimbée de mystère.
A travers un texte ciselé, Carlos Ruiz Zafon nous happe dans un labyrinthe d’aventures, de poursuites, d’amours et d’Histoire.
A la fois roman de fiction et roman policier, L’Ombre du vent est une très jolie découverte, délicate et puissante qui donne profondeur et poésie à ses personnages dans un entrelacs d’histoires. Etonnante escapade littéraire !

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LES CAVALIERS, JOSEPH KESSEL (1967)

(par Tiphaine)

Dans cette épopée grandiose, les sabots des chevaux fous résonnent furieusement à nos oreilles tandis que le soleil darde ses rayons âpres et brûlants. Kessel le baroudeur, l’homme de tous les excès, l’exalté, le téméraire est un colosse passionné par le monde et les hommes qui nous entraîne dans une Afghanistan fière, aride et indomptable. A travers le destin d’Ouroz et de son fabuleux étalon Jehol, il nous plonge au cœur du bouzkachi, jeu ancestral des cavaliers afghans qui consiste à amener seul une tête de bouc dans un cercle.
Cavalant sur Jehol le Cheval Fou, Ouroz l’orgueilleux fils du grand Tourzène participe au premier bouzkachi royal se tenant à Kaboul devant le roi. Bientôt le cri célébrant le vainqueur monte, entêtant, enivrant, fascinant tandis qu’Ouroz gît au sol, lamentable et inconscient, la jambe brisée. A son réveil quelques heures plus tard, révolté et furieux, il s’enfuit de l’hôpital accompagné de Mokkhi son fidèle saîs (palefrenier) pour rejoindre sa steppe natale. Au long d’un voyage épique et périlleux au cœur des hautes montagnes, Ouroz devra livrer un combat sans pitié contre les autres et contre lui-même. Ce chef d’œuvre mêle l’honneur et la vertu autant que l’orgueil et le vice. Un conseil : mettez le pied à l’étrier et laissez-vous emporter au gré des pages !

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L'ÉVEIL DE MADEMOISELLE PRIM, NATALIA SANMARTIN FENOLLERA (2013)

(par Ombeline)

Voilà un bijou tombé du ciel qu’on dévore et qu’on relit à l’envie. Tout commence par cette annonce « Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes s’abstenir ». Prudence n’était pas la candidate idéale, et pourtant… Loin de l’agitation et la confusion modernes, elle se mêle à cette charmante colonie d’exilés où l’art de cultiver la différence mène au bonheur et à l’intelligence de vivre. On se prend vite à rêver de revenir à la pureté des mœurs dans ce paradis sur mesure, et surtout, on se régale des joutes enlevées entre la jeune femme et son employeur, l’homme du fauteuil, un individu aussi peu ordinaire que gentleman et cultivé. Ce condensé de délicatesse nous cueille de la manière la plus exquise qui soit pour nous habiter un moment. Et on le referme avec l’intime conviction que la beauté sauvera le monde.

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LA GRANDE ÎLE, CHRISTIAN SIGNOL (2004)

(par Ombeline)

Il y a tout à lire chez Signol. Chaque page est un fragment de vie retrouvé, un flot d’émotion continu. Signol, c’est de la poésie, de l’amour, des luttes. Ses sagas, pour la plupart, rendent hommage à un monde révolu, sensible, la France rurale broyée par les soubresauts de l’Histoire. L’histoire dans l’Histoire. Le destin anonyme des humbles auxquels personne ne s’intéresse, sinon lui. 
Dans sa grande île, on vit à l’unisson le quotidien de Charles, Albine et de leurs trois enfants, Bastien, Baptiste et Paule. Il y dépeint, de sa beauté narrative, la vie de cette famille unie, aux confins d’un monde aquatique et mystérieux, propice aux rêves. Un royaume fait de grands soleils relayés de tempêtes. Ce livre, une fois de plus, parle de gratitude et d’espoir. De consolation. De ces gens qui n’avaient rien mais qui étaient riches de ce qui fait battre le cœur dans la simplicité mais dignité de leurs vies. Du Signol tout craché, tendre et grave, humain et bouleversant ! C’est là tout l’art des vrais romanciers.

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LE VOILE DE TÉHÉRAN, PARINOUSH SANIEE (2003)

(par Tiphaine)

Dense épopée familiale que ce roman autobiographique, censuré par les autorités Perses, dans laquelle nous plonge Parinoush Saniee.

Son écriture facile et plaisante nous prend par la main pour nous emmener à la suite de Massoumeh qui n'a qu'un désir : étudier. Chaque matin sur le chemin du lycée, la jeune iranienne salue Saïd, l'assistant pharmacien. Mais quand ses frères, traditionalistes violents, découvrent l'amour naissant entre Massoumeh et Saïd, le déshonneur s'abat sur la famille. Pervertie aux yeux de tous, la vie insouciante de l'adolescente bascule quand on lui impose d'épouser Hamid dont elle ignore tout jusqu'au visage.

Avec la culture, l'histoire et la politique iraniennes en toile de fond, on suit cinquante années de la vie bouleversante de cette femme profondément attachante qui se bat pour sa liberté et celle de ses enfants. De l'état impérial du Shah à la république islamiste, on découvre les complots et attentats ourdis par les islamistes ou les communistes qui font le quotidien d'un pays en guerre enlisé dans la dictature. Un roman qui se dévore !

Pour mieux comprendre ce pays chatoyant tiraillé entre tradition et modernité qu'est l'Iran, lisez les superbes Mémoires de Farah Pahlavi, l'épouse du dernier empereur d'Iran. Une biographie réellement hors du commun !

BELLE ÉPOQUE, KATE CAMBOR (2009)

(par Tiphaine)

Charcot, Daudet, Hugo. Trois noms.

Jean-Baptiste, Léon, Jeanne. Trois prénoms. Tous héritiers d'un patronyme aussi lourd qu'illustre dans le sillage desquels nous jette l'historienne américaine Kate Cambor. Plongés au coeur de ce XIXè vibrionnant, nous voilà côtoyant l'effervescente jeunesse dorée de la Belle Époque : Léon fils d’Alphonse Daudet, écrivain brillant et antirépublicain jusqu’aux dents, Jean-Baptiste Charcot fils du grand neurologue, fuyant le monde dans l’exploration polaire à bord du Pourquoi Pas?, et Jeanne, petite-fille adorée d’Hugo, mastodonte vieillissant. Amitiés, mariages, espoirs, scandales, désillusions : au fil des pages, les destins se lacent et se délacent. Du scandale de Panama à la découverte de l'Antarctique ou la mort de Jaurès, nous voilà témoins des soubresauts d'une Histoire aussi mouvementée que passionnante. Oscillant entre roman et histoire, cette fresque qui se dévore à l'envi, ressuscite le temps d'une soirée un Paris au charme (presque) révolu.

MOUSSELINE LA SÉRIEUSE, SYLVIE YVERT (2016)

(par Tiphaine)

6 octobre 1789 : Marie-Thérèse Charlotte a dix ans lorsque les sans-culottes qui l’emmènent à Paris lui offrent à voir les têtes de la Garde Royale, plantées au bout de piques.

Cet événement donne le ton du roman historique de Sylvie Yvert écrit sous forme de mémoires apocryphes qui porte en lui la profonde gravité de la vie de Mousseline la Sérieuse, unique fille de Louis XVI et Marie-Antoinette et seule survivante du massacre de la famille royale. D'une écriture tout en délicatesse, la romancière nous entraîne dans le sillage des terribles épreuves qui ont marqué la vie de l'orpheline : violences, solitude, exil, révolutions successives. Dans ce siècle dît des Lumières où l'on croise Petit Chou, Louis XVIII ou encore Charles X, la princesse royale est le témoin privilégié de la Révolution, la Terreur, la Convention et l'Empire. Si l'on peut regretter le côté parfois larmoyant du roman, il n'en reste pas moins un bon panorama d'une Histoire trop souvent ignorée s'étendant de 1778 à 1851 et met en lumière la noblesse d'âme de Madame Royale dont la Princesse de Courlande affirma que "jamais une femme dans l'histoire ne fut plus poursuivie par le malheur".

PREMIER DE CORDÉE, ROGER FRISON-ROCHE (1941)

(par Ombeline)

Jean Servettaz, le père, est guide, l’un des meilleurs. Pierre, le fils, sera hôtelier, n’en déplaise à sa volonté : il y a trop de drames dans la montagne. Mais quand on naît chamoniard, on l’a dans le sang, gueuse ou pas, parce qu’elle n’est pas que ça : impavide et inhumaine. Elle est sa drogue, son oxygène. Ici, on ne respire pas. C’est trop bas. Alors quand il s’agit de ramener le corps du vieux foudroyé en pleine ascension, il n’y a plus d’interdit qui compte. Il ira, et parce qu’en pareille perte, on est tous frères, la cordée se mobilise en dépit du chagrin, du froid et du danger. Là-haut, chaque mouvement compte, chaque réflexe peut tuer ou sauver. De cette longue et périlleuse expédition, il n’en sort pas indemne et longtemps, une obsession l’habite : y retourner, et renaître à la vie.

On ne se lasse pas d’un classique, car le propre du classique « c’est de n’avoir jamais fini de dire ce qu’il a à dire ». Et ce qu’il y a encore à en dire, c’est que la passion, le courage et la solidarité ne sont pas qu’une lointaine affaire d’héroïsme, mais aussi celle, infiniment plus proche, du cœur de l’homme.

MON CŒUR CONTRE LA TERRE, ERIC DE KERMEL (2019)

(par Ombeline)

Il y a l’histoire que l’on se raconte et celle que l’on vit. Je veux que ma vie retrouve le fil de celle que je me racontais enfant. Suite à une erreur professionnelle qui la conduit à tout remettre en cause, Ana, écologue passionnée, part se réfugier dans la vallée de la Clarée qui l’a vue grandir et lui a tout appris des étoiles, des saisons, des rivières, des sommets, des plantes et des animaux, du silence et de la nuit. Il y a pour chacun de nous un coin de terre qui, lorsque s’assombrit le cœur, fait revenir à la vie. On y va comme dans un refuge par temps de pluie. On y va par gueule de bois ou parce qu’on vient de là. On y va comme on retourne à la maison, avec la certitude des gens qui savent que, là-bas seulement, est leur respiration. Ce coin d’amour s’il est sauvage, c’est de notre responsabilité de le protéger, de lui prendre autant que de lui donner, afin que toujours il puisse nous recevoir. De ne pas nuire à l’harmonie. Cela, Ana l’a bien compris, elle qui y est partie retrouver le goût du monde et des autres, la paix du corps et de l’esprit, un sens à sa présence ici-bas, en somme… la liberté. Une lecture initiatique portée par la tendresse et la foi en l’humain qui, en même temps qu’elle nous plonge dans une réalité sensible, invite à la réflexion, écologique mais pas seulement.

LA CROULE, PAUL VIALAR (1976)

(par Tiphaine)

Si d’aventures vous parlez de la croule à un chasseur, voyez ses yeux, voyez ses mains. Il devient fébrile, de cette fébrilité qui agite les amoureux, ceux dont le cœur palpite devant l’être aimé mais pour notre chasseur, c’est de la bécasse dont il s’agit, lorsqu’au crépuscule il s’en va dans le silence chercher l’échassier à la saison des amours. Dans ce roman de Vialar, la croule concerne la bécasse, l’homme, la femme. Au cœur de la giboyeuse Sologne, la jeune Carine se bat contre ses créanciers pour sauver Le Brizon. Posant nos pas dans les siens, nous voilà humant la forêt, ses marécages et ses halliers à l’affût de lièvres détalant sous nos pieds et des crécerelles striant le ciel en même temps qu’on se mesure à la vie, puissante et douloureuse. D'une beauté simple, sensuelle autant que grave, ce livre redit combien l'homme est grand des racines de son passé, de sa mémoire, de son histoire.

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LES BOURGEOIS, ALICE FERNEY (2017)

(par Ombeline)

Ils ont écouté, obéi, appris, brigué, aimé, combattu, déploré, souffert, festoyé, chacun à son tour et tous ensemble. Ils ont assumé leur éducation et leur avenir. Mais surtout, ils ont chevauché le temps sans renâcler. Ils, ce sont les Bourgeois, les enfants d’Henri et Mathilde, héros de L'Élégance des veuves. De Jules, l’aîné, à Marie, la petite dernière, ils sont dix frères et sœurs, nés à Paris entre 1920 et 1940, entre une hécatombe et un génocide. De leurs parents, ils ont hérité l’élégance, la générosité, la droiture, le sens de la famille, la foi catholique. Mais plus qu’à une classe sociale dont ils portent le patronyme et les valeurs, c’est à une époque que la romancière s’est consacrée. C’est le livre d’une génération, « ce corps de temps, ce corps de sang », engagée dans le siècle et qui a vu devenir son monde, un autre monde. C’est le livre d’une traversée, d'un itinéraire à la fois historique et familial, passionnant et brillamment écrit !

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MOI AUGUSTIN, PRÊTRE MARTYR DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, MARIEKE AUCANTE (2015)

(par Ombeline)

Cette histoire oubliée, parce qu’elle dérange sans doute, Marieke Aucante, grand reporter pour France Télévisions, nous la livre en un formidable roman historique dont on ne sort pas indemne. Cette histoire, c’est celle de 829 prêtres réfractaires déportés par la Terreur en rade de Rochefort pour y croupir sur des bateaux transformés en prisons flottantes. Le personnage fictif d’Augustin, que l’on suit de sa naissance paysanne dans le Limousin à l’horreur des pontons, est l’un des rares survivants, comme il y en eut, martyr d’un mouvement exterminateur qu’ils n’avaient pas vu venir. Une tragédie qui écorche le « mythe 89 » et fait écho à une réalité toujours plus actuelle, dans et hors de nos frontières : il ne fait pas toujours bon être catholique. Ces pages poignantes racontent, d’un côté, les ravages de l’intolérance et du fanatisme, de l’autre, la foi, l’amitié et le pardon. Un superbe mémorial à l’Espérance !

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LA CHAMBRE DES OFFICIERS, MARC DUGAIN (1998)

(par Ombeline)

La guerre m’a fait vieillir à vingt-quatre ans. Je n’ai pas eu le courage de me suicider. J’ai eu le courage de ne pas me suicider. Dans les premiers jours de 1914, le lieutenant de génie Adrien Fournier est fauché à la tête par un éclat d’obus. De cette vie brisée en plein vol, l’auteur nous livre des pages à l’épaisseur saisissante, au rythme de la souffrance d’un cœur résilient. Pendant les quatre ans et huit mois qui le cloueront au Val-de-Grasse, le soldat n’aura de cesse, un jour après l’autre, de s’efforcer à (sur)vivre. En trouver les raisons, puis faire face à son ennemi intérieur, le pire qui soit, dans les hauteurs de cette prison blanche, ce rideau de fumée. Il sera sauvé, ou se sauvera lui-même, par son amitié avec deux autres défigurés, Penanster et Weil, l’aristocrate breton et l’aviateur juif. À force d’acceptation, ces hommes privés d’une part de leur identité, ces frères d’âmes plus que d’armes, derniers des vivants dont cette guerre impitoyable emporta visages et rêves, se relèveront. Et révéleront toute leur humanité. Une leçon qui laisse sans voix, portée par le miracle des mots.

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LE GUETTEUR D'OMBRE, PIERRE MOINOT (1979)

(par Tiphaine)

Belle, âpre, brutale, sauvage, les qualificatifs pleuvent sans jamais la contenir. Elle, c’est la nature, celle que célèbre Maurice Genevoix dans Raboliot, Vialar dans La Croule, Pierre Moinot dans La Chasse Royale. Ici, nous plongeons au cœur de la forêt, inquiétante, silencieuse et superbe. Dans l’attente fervente de l’animal, au fond des bois, un homme fuit son quotidien et traque sans relâche un cerf d’exception autant que ses propres ombres. Puissamment écrit, ce livre méconnu est une ode à la beauté et au silence. 

 

« Forêt silencieuse, aimable solitude,

Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré!

Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,

J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude! […] »

Châteaubriand

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LE RÉVEIL DU COEUR, FRANÇOIS D'EPENOUX (2014)

(par Ombeline)

L’auteur n’en est pas à son coup d’essai - on se rappelle le succès de deux jours à tuer -, et confirme une fois de plus, avec ce roman tendre et subtil, qu’il ne doit rien au hasard. L’histoire, celle de vacances entre un grand-père et son petit-fils, en serait presque trop simple si elle n’était pas formidablement bien servie par une plume enlevée, caustique à souhait, et la justesse des sentiments. D’un côté, il y a le « Vieux » mélancolique, réac des premières heures et fervent défenseur du « c’était mieux avant ». De l’autre, Malo, qui pose un regard tout neuf sur le monde, à hauteur de ses six ans rafraichissants. Le temps d’un été dans le Médoc, ces deux-là vont savourer la vie comme il se doit, mais surtout, s’apprivoiser jusqu’à la complicité. Quand l’un va s’adoucir, l’autre va plonger bien malgré lui dans une école de vie pleine de bon sens, loin d’être surannée. Ces pages donnent à réfléchir sur le monde moderne dans lequel nous vivons et sur l’amour profond du lien familial au-delà de la pudeur. Mais aussi sur les petits bonheurs qui sont souvent les plus grands. Bref, l’embarquement est immédiat !

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LES GENS HEUREUX LISENT ET BOIVENT DU CAFÉ, AGNÈS MARTIN-LUGAND (2013)

(par Ombeline)

Il n’y a pas d’enjeu à lire du Martin-Lugand, et c’est tant mieux, si ce n’est le risque d’y prendre très vite goût. Le poche suffira à séduire la gente féminine qui aime (aussi) les histoires de cœur qui finissent bien - mais pas (trop) mièvres. Les trames ont beau être peu ou prou les mêmes, l’écriture légère, elles se lisent comme du petit lait, par un long après-midi d’hiver au coin du feu ou sur le sable chaud, c’est selon. Surement parce que l’écrivain a le talent pour le suspense amoureux et les personnages attachants, blessés par la vie. Quant à ce tout premier né, il fleurait déjà bon avec son délicieux titre utopiste. L’histoire n’avait plus qu’à bien se tenir, et dérouler. Pari tenu ! On escorte Diane, une jeune femme qui, après avoir perdu fille et mari dans un accident de voiture, s’exile en Irlande pour, laborieusement, remonter à la surface de son existence. Le deuxième tome (La vie est facile, ne t’inquiète pas) prend racine dans son café littéraire parisien, et le relai à merveille.

A dévorer aussi : Entre mes mains le bonheur se faufile, Désolée, je suis attendue, J’ai toujours cette musique dans la tête, A la lumière du petit matin, Une évidence. Moment pas-très-intello mais de plaisir éphémère tout à fait jouissif !

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UNE MAISON POUR ATTENDRE, MONIQUE SAMYN (2017)

(par Ombeline)

Jeune retraitée lasse de sa vie parisienne, Catherine envoie tout, ou ce qui lui reste, valser sur un coup de tête et part s’installer près de la belle et provençale Vaison-la-Romaine. De cette urgence à vivre autrement, elle découvre les joies et difficultés de l’enracinement, les excès du climat, les gens du pays qui deviennent des amis sur qui compter, le monde enchanteur du vin, les traditions locales, les mystères d’un vagabond de passage, la nostalgie d’un vieil amant laissé derrière elle, et puis l’attente… celle, fébrile, de sa fille unique, expatriée dans un kibboutz en Israël. Deux chemins diamétralement opposés, que, pour un temps incertain, la vie a séparé. On est d’emblée touché par l’aura de cette femme sensible et forte à la fois qui s’accroche au bonheur au point de ce pari un peu fou. Sans jamais oublier de faire le bien autour d’elle. Inspirant !

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LE MYSTÈRE HENRI PICK, DAVID FOENKINOS (2016)

(par Tiphaine)

Porté au grand écran par le passionnant Lucchini et cette 'connasse' de Camille Cottin, Le mystère Henri Pick se lit aisément sous un crachin breton.
Dans un petit village du Finistère, un étrange bibliothécaire recueille les livres refusés par les maisons d’éditions. Une jeune éditrice y découvre une pépite d’un certain Henri Pick, pizzaïolo de son vivant. Il n’en faut pas plus pour que faire de cette trouvaille un véritable phénomène littéraire. Oui mais…un certain chroniqueur va bientôt venir mettre son nez dans cet étrange mystère. Qu’y trouvera-t-il ?
Foenkinos nous promène dans les arcanes du monde de l’édition et de l’entre-soi. Espiègle, piquant, léger, ce livre est un concentré de petits plaisirs pour qui cherche une écriture légère sans grand enjeu.

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EN ATTENDANT BOJANGLES, OLIVIER BOURDEAUT (2016)

(par Tiphaine)

Rares sont les livres qui savamment nous font passer du rire aux larmes avec autant d’humour. Tendresse et fête font le quotidien de cette famille un brin loufoque où Madame enchante de sa douce folie le quotidien de son mari et son fils. Dans l’ombre de ce roman fantasque où tout n’est que poésie, se cache pourtant le drame ; inéluctable. La dernière page tournée, on a qu’une envie : s’enivrer de la voix vibrante et grave de Nina Simone.


« I knew a man Bojangles

Always danced with worn out shoes

The silver hair, a ragged shirt

And bare ragged paints

The old soft shoe

He jumps so high

He jumps so high and

Then he lightly touches down. »

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L'ÉCOLE BUISSONNIÈRE, NICOLAS VANIER (2017)

(par Ombeline)

Nicolas Vanier, c’est le froid, les blanches odyssées et les solitudes glacées. Un assoiffé, harnaché depuis belle lurette à son traineau, au diable la muselière. Mais une fois l’attelage au bercail, un homme qui aime puiser à la source de sa vie, celle d’une enfance adorée, grisée par le grand air de Sologne, son premier port d’attache, son école buissonnière. Dans cette ode à la nature, celle à l’état pur, sauvage et boisée, il y raconte l’amitié vraie entre Paul et Totoche, le gamin des villes et le braconnier le plus rusé du pays. On y croise Borel, le garde-chasse bourru et sa femme Célestine, le comte de la Fresnaye et son fils Bertrand, Bella la jeune gitane de l’étang, et quelques autres parmi cette ribambelle haute-en-couleur. Il y a la quête du grand cerf aussi, et le secret de famille bien gardé. Ce savoureux roman célèbre les racines, la fraternité et la liberté dans un décor, le plus simple qui soit, splendide et souverain. Il n’est pas exclu qu’à la dernière page, celle qui désole, l’envie irrépressible de respirer à pleins poumons se fasse sentir… Et pour les plus cinéphiles, l’histoire se joue aussi à l’écran, magistralement portée par le duo François Cluzet-Jean Scandel.

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