BIOGRAPHIES

LIANE DE POUGY, JEAN CHALON (1994)

(par Tiphaine)

Liane de Pougy : une demi-mondaine, danseuse de cabaret, princesse et religieuse. Sacré CV pour celle qui n’aura de cesse de chercher l’amour !

Jean Chalon récidive dans l’art de la biographie (Chère George Sand, Le lumineux destin d'Alexandra David Néel, Chère Marie-Antoinette...) et brosse avec talent le portrait d’Anne Marie Chassaigne dite Liane de Pougy, fille d’officier élevée chez les religieuses qui sera la cocotte la plus célèbre du XIXè siècle.  Une femme entière, assoiffée de vie et de plaisirs, qui, enserrée dans son corset de provinciale mariée, s’enfuit, monte à Paris et divorce. Elle a tout juste 19 ans. Couverte de bijoux par les hommes qui l’adorent, la belle horizontale aux amours saphiques devient princesse en épousant le Prince Ghika. Dans ce Paris mondain, on croise Charles de Mac Mahon, Rothschild, Cocteau, Jacob, Colette et on se prend à rêver de ce siècle grouillant de vie à l’effervescence insouciante.  Au crépuscule de sa vie, Liane devient sœur Anne-Marie Madeleine de la Pénitence avant de mourir en 1950, et nous laisse « Les Cahiers Bleus », témoins de la conversion de « la plus jolie femme de son siècle » (Dixit Edmond Goncourt !) qui aura abandonné le faste pour l’austérité d’une vie consacrée à Dieu.

 

Sic transit gloria…

UNE VIE BOULEVERSÉE, ETTY HILLESUM (1995)

(par Tiphaine)

Le journal intime de cette intellectuelle bohème morte à Auschwitz en 1943, est stupéfiant d’humanité.
Etty est intelligente, Etty n’est pas très jolie, Etty est assoiffée, Etty fréquente les intellectuels gauchistes des Pays-Bas de 1935.
Etty commence son journal sur la demande de son psychothérapeute Spier, disciple de Jung, pour voir clair en elle, pour mettre de l’ordre dans ses pensées.
Les premières pages sont déroutantes : Etty y raconte en large et en travers ses ébats amoureux, ses pulsions sexuelles pour Spier, sa liaison avec Han Wegerif, père de quatre enfants.
Et puis…et puis la lucidité, la liberté, l’honnêteté, le courage, l’audace de cette jeune femme passionnée par la vie intriguent et séduisent. On suit l’itinéraire d’une âme instable dont le cœur s’élargit d’amour avec intelligence et fragilité.
Car dans une Allemagne nazie, cette juive née dans une famille agnostique découvre la présence d’un Dieu tapi au fond de son âme, un Dieu qui se passe des dogmes, un Dieu sans confession ; universel et incarné. Engagée au camp de Westerbrok comme assistante sociale avant d’être déportée à Auschwitz, Etty nous donne à voir au fil de son journal et ses lettres, une humilité déroutante, fragile et bouleversante. Son cheminement fulgurant est un appel à une vie dense, verticale et extraordinairement humaine.

72153265_954568574905718_176962496660242

BAKHITA, VÉRONIQUE OLMI (2017)

(par Tiphaine)

À 7 ans, Bakhita est enlevée de son village Soudanais par deux hommes. Enchaînée, violée, scarifiée, la jeune esclave vendue cinq fois ne doit son Salut qu'à un consul italien de Khartoum à l'âge de treize ans. Débarquée en Italie, sa noirceur en fait un objet de curiosité. Celle qui est noire comme le diable, La Moretta, est poursuivie autant que fuie.
Face à la barbarie sans limites de l'homme, l'africaine oppose une foi férocement simple en la vie, en la nature mystérieuse et protectrice, avant de se tourner vers Dieu.
Bouleversant roman que celui de Véronique Olmi qui tisse l'histoire de cette Éthiopienne, enfant esclave qui subira les pires atrocités, domestique, puis religieuse en Italie avant d'être déclarée sainte devant l'Eglise en 2010. Avec son écriture enfiévrée, l'auteur nous plonge dans l'Afrique du 19ème et ses routes négrières pour comprendre l'origine de cet incroyable destin.

69698299_2700272116674370_26753864277677

... OU TU PORTERAS MON DEUIL, LARRY COLLINS ET DOMINIQUE LAPIERRE (1967)

(par Ombeline)

20 mai 1964, 18h30. L’Espagne a les yeux rivés sur le sable des arènes madrilènes. Dans un instant, El Cordobés fera son entrée pour combattre Impulsivo devant un peuple bouillonnant. Parce que cet homme a connu la misère avant la gloire, il est leur symbole. Il est la volonté et le courage. Le torero des masses. Qu’on aime ou pas la fiesta brava, elle est à l’Espagne ce que les Olympiades étaient à la Grèce antique. Ces lignes, loin d’être un plaidoyer, racontent avec justesse et précision la véritable histoire de ce rite populaire. En parallèle de ce corps à corps dont on sort à bout de souffle, le tandem nous raconte l’histoire douloureuse de la guerre civile. On plonge au cœur d’une Espagne ravagée mais à l’âme rude, fière, ardente. Pour qui la mort n’a pas de prise. Et on y suit le destin exemplaire de l’orphelin aux cheveux fous, du berceau jusqu’à Las Ventas. Une fresque grandiose, envoûtante, nourrie par la rigueur journalistique et le talent de conteurs de ses auteurs.

70610452_471969096979864_671787202686799

LE CHÂTEAU DE VERRE, JEANNETTE WALLS (2008)

(par Tiphaine)

Imaginez I’Amérique des années 60’.

Maintenant, imaginez un couple, un peu loufoque, intello, marginal. Et dans cet univers, des enfants. J’ai nommé la famille Walls. Le patriarche : un ancien pilote, savant, passionné de grands espaces qui caresse le rêve de construire un château de verre pour loger son épouse artiste peintre, institutrice à ses heures et ses quatre enfants.

De son enfance, Jeannette, deuxième fille des Walls devenue journaliste et chroniqueuse américaine, n’avait jamais parlé. Dans cette autobiographie, elle nous raconte cette jeunesse originale, stupéfiante à bien des égards, menée par deux anticonformistes épris de liberté qui sombreront dans la misère. Dans un univers empreint d’amour et de bohème, les enfants Walls font cuire les pâtes à 3 ans, dorment à la belle étoile, stupéfient leurs professeurs par l’étendue de leur culture et corrigent les copies de leur mère abrutie par l’alcool, qui mange du chocolat pendant que ses enfants crèvent de faim.

Une histoire familiale intense, bouleversante pleine d’amour, d’idéaux, de rêves brisés et de courage.

MONSTRE, GÉRARD DEPARDIEU (2017)

(par Tiphaine)

Depardieu est un monstre ; un monstre sacré, inconvenant, colossal. Au fil des pages, le comédien lance un cri d'amour dont l'écho sonne comme un émouvant appel à la vie : une vie tendre et intense où l'excès côtoie la pure poésie. Notre flamboyant Cyrano aime ce qui vacille et fulmine contre l'hyperconnexion d'une société puritaine, surinformée, désenchantée, "qui peu à peu, perd ses raisons d'être". Puissantes et simples, ses saillies verbales ont tant de panache, de gouaille et de liberté qu'on se prend d'amitié pour l'inénarable trublion à l'irrévérence notoire.

Ni faux-semblant ni théorie fumeuse chez le jouisseur né qui aime "les gens capables d'errance". Une belle chanson d'amour adressée à un monde révolu où se croisaient Fellini, Pasolini, Barbara, Cochet et tant d'autres. La dernière page tournée, on se dit qu'on voudrait simplement savourer la légèreté d'un présent qui s'en va à tire-d'aile.

DEUX SOEURS, DOMINIQUE BONA (2012)

(par Tiphaine)

Tout part d’un tableau, un petit tableau de Renoir qu’il gardera précieusement jusqu’à sa mort. Au cœur de ce tableau, deux femmes, jeunes aux visages roses et rebondis, l’une en blanc, l’autre en rouge. Et un calme ! Un calme charmant, un bonheur paisible, protégé, insouciant, presque parfait. Au fil des pages se dévoile l’incroyable histoire de ces muses de l’impressionnisme : Christine et Yvonne Lerolle, épouses malheureuses des frères Rouart. Et c’est là le cœur de ce roman : le destin tragique de deux femmes que tout destinait au bonheur, à l’art, au génie. Au détour des salons parisiens, on croise les figures illustres de ces artistes au génie créateur qui ont marqué le 19ème siècle : Degas, Chausson, Auguste Renoir, Mallarmé, Louÿs, Debussy, Carrière etc, tous amis ou parents des Lerolle. Malgré ce bouillonnement intellectuel et ce foisonnement artistique, les sœurs artistes ne purent se soustraire à la solitude, la frustration et l’ennui de cette vie maritale bourgeoise qui leur sera fatal. Un livre à l’image de ce siècle haut en couleurs qu’est le 19ème!

A dévorer aussi : Berthe Morisot - Le secret de la femme en noir, Camille et Paul - La passion Claudel, Clara Malraux...Autant de biographies servies par la plume alerte de Dominique Bona.

74419220_430104160969549_460793144821153